Archives de catégorie : Romans, nouvelles, etc.

La dernière gorgée de bière

Ce que j’appelle oubli, Laurent Mauvignier, Minuit, 2011

O coyette ce quej'appelle oubliJe poursuis l’exploration littéraire en terre avignonnaise. J’avais lu mais… oublié ce texte. Il m’est progressivement revenu en mémoire sous le chapiteau du Théâtre des Halles où il est représenté dans le Off du festival. Je m’installe au premier rang dans l’obscurité heureusement ventilée. Près de moi, un homme replié sur lui-même, un peu gros, me paraît trop vêtu pour les 38° affichés à l’extérieur. Le noir se Continuer la lecture de La dernière gorgée de bière

Lumineuse exploration du noir

Trop de bonheur, Alice Munro, traduit de l’anglais (Canada) par Jacqueline Huet et Jean-Pierre Carasso, L’Olivier, 2013

P. Soulages, vitraux de l'abbaye de Conques (Aveyron)
P. Soulages, vitraux de l’abbaye de Conques (Aveyron)

J’entretiens avec la nouvelle un rapport compliqué. Elle m’attire pour son côté elliptique, parfois violent, mystérieux, intense, ramassé, ouvert mais elle me frustre aussi terriblement. Ne cheminant pas assez longtemps dans la lecture, je n’en sens pas Continuer la lecture de Lumineuse exploration du noir

La frustration à l’œuvre

Histoire réversible, Lydia Davis, traduit de l’anglais (États-Unis) par Anna Rabinovitvch, Christian Bourgois, 2016

R. Magritte, La décalcomanie, 1966
R. Magritte, La décalcomanie, 1966

Le titre du dernier recueil de nouvelles de Lydia Davis, Histoire réversible, dit déjà le double sens, le jeu de l’endroit et de l’envers. Quelque chose que l’on croit à la première lecture et finalement non, peut-être pas, cela coulisse et c’est autre chose, comme un double-fond, une Continuer la lecture de La frustration à l’œuvre

Porteurs du feu

La route, Cormac McCarthy, traduit de l’anglais (États-Unis) par François Hirsch, Éditions de l’Olivier, 2008
Sans titre, Jérôme Mitonneau, craie et paraffine, 2003

Ils sont deux. L’homme et l’enfant. Le père et le fils. Ils marchent sur la route. Tout est dévasté. Pluie de cendre, forêts brûlées. Sol, ciel, air, tout est gris. La Terre a subi une terrible catastrophe. Plus de vie hors quelques êtres en quête de nourriture, d’un abri, d’un peu de chaleur. Je viens de relire La route. Je me souviens très bien de la Continuer la lecture de Porteurs du feu

Galilée, terre de paroles

Une femme fuyant l’annonce, David Grossman, traduit de l’hébreu par Sylvie Cohen, Seuil, 2011

femmefuyantannoncexLe roman s’ouvre dans l’obscurité d’un hôpital de Jérusalem. Nous sommes en 1967. Avram et Ora, 17 ans, fiévreux, mis en quarantaine, s’y rencontrent et s’y parlent la nuit. Une troisième ombre apparaît, Ilan. Dialogues hallucinés, corps qui se touchent. Un triangle se forme, une femme, deux hommes qui deviennent ses amants, deux hommes qui deviennent amis. Continuer la lecture de Galilée, terre de paroles

Un traître à aimer

Retour à Killybegs, Sorj Chalandon, Grasset, 2011

Included Sunday bloody sunday (1983)
Included Sunday bloody sunday (1983)

2016, cent ans après l’insurrection de Dublin réprimée par l’armée britannique. L’Irlande se souvient. La Pâques sanglante de 1916 porte en germe la République proclamée en 1921 avec la signature du traité de Londres. La terre irlandaise est alors partagée. La République indépendante au Sud, le dominion britannique sur une partie (la plus prospère) de l’Ulster, au Nord. Le réalisateur Emmanuel Hamon a fait de Continuer la lecture de Un traître à aimer

Delphine de Vigan, démiurge d’elle-même

D’après une histoire vraie, Delphine de Vigan, Lattès, 2015

E. Hopper, Chop-suey, 1929, Collection of Barney A. Ebsworth
E. Hopper, Chop-suey, 1929, Collection of Barney A. Ebsworth

J’ai lu ce livre comme on mange trop vite, sans prendre le temps de respirer, de savourer. Il me semble qu’il appelle ce type de lecture. Quelque chose de frénétique, d’excitant. C’est après cette lecture éclair que j’ai eu envie de faire ma première chronique littéraire*. Continuer la lecture de Delphine de Vigan, démiurge d’elle-même

Ti-Zibié, ton stylo te fera mourir couillon !

Solibo Magnifique, Patrick Chamoiseau, Gallimard, 1988

P. Gauguin, Palmiers de Martinique, 1887
P. Gauguin, Palmiers de Martinique, 1887

Quand j’ai lu pour la première fois Patrick Chamoiseau (Texaco, Gallimard, 1992), j’ai eu l’impression simultanée de découvrir et de comprendre une nouvelle langue. Pas seulement une nouvelle langue d’écriture, non, une nouvelle langue pour communiquer. Une langue étrangère, comme on dit pour faire la distinction avec sa langue maternelle. Je la comprenais par la lecture. Continuer la lecture de Ti-Zibié, ton stylo te fera mourir couillon !

Entre père et fils, brouillages en Alaska

père filsDavid Vann, Sukkwan Island, traduit de l’anglais (États-Unis) par Laura Derajinsky, Gallmeister, 2010

Certains romans ressemblent à des plats étonnants de force et de subtilité, excellents. On s’en souvient longtemps après leur dégustation. On garde l’impression d’avoir été tenus, dévorants, plaqués au texte, comme à une fascinante paroi. Des romans dont on a senti à la lecture, de façon confuse mais sûre, qu’ils entreraient en nous, nous pénétreraient, deviendraient une partie de nous. Sukkwan Island de l’américain David Vann, publié en France en 2009, est pour moi un de ceux-là. Continuer la lecture de Entre père et fils, brouillages en Alaska

Miraculeuse conversation !

La conférence de Cintegabelle, Lydie Salvayre, Seuil / Verticales, 1999

G. Braque, L'oiseau noir et l'oiseau blanc, 1960
G. Braque, L’oiseau noir et l’oiseau blanc, 1960

L’an dernier, j’ai passé plusieurs semaines avec Lydie Salvayre, avec l’auteur, j’ai lu presque tous ses livres, les uns après les autres, tellement je fus séduite par le premier de la liste. Il se trouvait déjà dans notre bibliothèque. Marc inscrit toujours dans ses livres ses prénom, nom, le mois et l’année de lecture. Il a une autre manie, celle d’y relever les mots rares, ceux qu’ils rencontrent pour la première fois. C’est ainsi Continuer la lecture de Miraculeuse conversation !