Archives de catégorie : Variations biographiques

La chronique que j’hésitais à écrire

Le livre que je ne voulais pas écrire, Erwan Larher, Quidam éditeur, 2017

« Mur de la liberté », P. Valent, mise en forme de témoignages, mots et objets, collés sur un mur-barrière, un des dix projets de mémorial en hommage aux victimes du Bataclan (choix en cours, 2017)

Ce livre me pose la question que l’auteur s’est posée, même si les contextes n’ont rien à voir. Erwan Larher, romancier, a été blessé le 13 novembre 2015 au Bataclan et écrit là-dessus après avoir un temps refusé de le faire. Je nourris ce blog de livres aimés, je me demande si j’ai aimé ce livre et si j’ai envie d’en parler ici. Dans le doute, je l’emporte sur l’île. Comme un objet qu’on emporte dans son atelier pour voir ce qu’il a dans le ventre. Là, rien à réparer, juste à fouiner un peu, par goût de l’exploration (littéraire). Continuer la lecture de La chronique que j’hésitais à écrire

Quand une monteuse prend la parole

Plus long le chat dans la brume, Journal d’une monteuse, Emmanuelle Jay, illustré par Mathias Maffre, Les Éditions Adespote, 2016

chat1bisA priori il est bizarre, ce livre. Je n’ai pas immédiatement su ce qu’il était. Une couverture étrange. Le train arrière d’un chat s’étire sur toute la largeur pour ne laisser voir sa tête que sur le second rabat. Un titre qui sonne comme un haïku. Plus long le chat dans la brume est, son sous-titre l’indique, le journal d’une monteuse. Monteuse de films de fiction et de documentaires, Emmanuelle Jay fait coup double. Elle s’est associée pour créer la maison d’édition Adespote (du grec, animal sans maître) et en a écrit le premier titre. Continuer la lecture de Quand une monteuse prend la parole

Nouvelle terre du continent Woolf

Ma vie avec Virginia, Leonard Woolf, trad de l’anglais par Micha Venaille, Les Belles Lettres, 2016

C’est une extraction d’un domaine beaucoup plus large, l’autobiographie en cinq volumes de celui qui vécut au plus près de la création et des souffrances de Virginia Woolf, son mari Leonard.  Ma vie avec Virginia en est une sélection serrée (150 pages), présentée par son traducteur Micha Venaille et postfacée par le neveu de Leonard, Cecil, aujourd’hui éditeur. Continuer la lecture de Nouvelle terre du continent Woolf

Saisir la vie, le temps, comprendre et jouir

Mémoire de fille, Annie Ernaux, Gallimard, 2016

annie-ernaux-raconte-ses-18-ans-dans-son-dernier-livre_5577343C’était une pièce manquante. Le nouveau livre d’Annie Ernaux vient compléter le puzzle qu’elle construit depuis près de quarante ans. De sa vie ordinaire, elle a fait littérature. L’extraordinaire a été de transformer par l’écriture le quotidien en paysage social et intime, celui d’une génération de femmes françaises nées pendant la guerre. Continuer la lecture de Saisir la vie, le temps, comprendre et jouir

Écrire la femme

La femme gelée, Annie Ernaux, Gallimard, 1981

femme années 50En littérature, Annie Ernaux a inventé le je sociologique (je crois que c’est Emmanuel Carrère qui utilise cette belle et juste formule). Elle fabrique de la sociologie avec sa propre matière, singulière. Dans La femme gelée,  son je est un elles. Son je est celui d’une femme, hyper consciente de sa génération, la dévoilant à travers elle-même. Continuer la lecture de Écrire la femme

Ôde au noir de l’adolescence

Olivier Py, Le Cahier noir, Actes sud, 2015

opyOlivier Py a beaucoup écrit, monté, dirigé, pourtant je ne l’avais pas vraiment remarqué. Je passais à côté. Je n’avais vu qu’une de ses pièces, Adagio (Mitterrand, Le secret et la mort) en 2011. Nicolas Sarkozy était alors président de la République et j’avais senti dans la salle, à la fin, lors des applaudissements chauds, longs, une sorte de soulagement du public. Continuer la lecture de Ôde au noir de l’adolescence