La dernière gorgée de bière

Ce que j’appelle oubli, Laurent Mauvignier, Minuit, 2011

O coyette ce quej'appelle oubliJe poursuis l’exploration littéraire en terre avignonnaise. J’avais lu mais… oublié ce texte. Il m’est progressivement revenu en mémoire sous le chapiteau du Théâtre des Halles où il est représenté dans le Off du festival. Je m’installe au premier rang dans l’obscurité heureusement ventilée. Près de moi, un homme replié sur lui-même, un peu gros, me paraît trop vêtu pour les 38° affichés à l’extérieur. Le noir se Continuer la lecture de La dernière gorgée de bière

Dans l’impossible du souvenir

De la poussière sur vos cils, Julien Bosc, La tête à l’envers, 2015

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A. Kiefer, Paysage d’hiver, 1970, MET, New York

De la poésie, j’en lis peu. Pourtant, dans certains romans, elle m’appelle. Certaines phrases m’attirent, phrases elliptiques, dans lesquelles des mots viennent s’entrechoquer, étonnés d’être soudain accolés. Un ami poète, Julien Bosc, m’a offert De la poussière sur vos cils, son dernier recueil paru. Je l’ai lu plusieurs fois. Il me semble que la poésie nécessite ces traversées successives. Continuer la lecture de Dans l’impossible du souvenir

Partir en vacances de soi

Disparaître de soiUne tentation contemporaine, David Le Breton, Métailié, 2015

disparition
Monica Vitti dans L’Avventura (film de M. Antonioni, 1960)

Partir, fuir, quitter, abandonner une place, une identité, pour s’évanouir ou reconstruire quelque chose ailleurs. Miracle du déplacement dans l’espace ou l’imaginaire pour s’oublier, se transformer. Je suis tombée un peu par hasard sur l’essai de David Le Breton, Disparaître de soi, lecture étonnante et stimulante ! Continuer la lecture de Partir en vacances de soi

Lumineuse exploration du noir

Trop de bonheur, Alice Munro, traduit de l’anglais (Canada) par Jacqueline Huet et Jean-Pierre Carasso, L’Olivier, 2013

P. Soulages, vitraux de l'abbaye de Conques (Aveyron)
P. Soulages, vitraux de l’abbaye de Conques (Aveyron)

J’entretiens avec la nouvelle un rapport compliqué. Elle m’attire pour son côté elliptique, parfois violent, mystérieux, intense, ramassé, ouvert mais elle me frustre aussi terriblement. Ne cheminant pas assez longtemps dans la lecture, je n’en sens pas Continuer la lecture de Lumineuse exploration du noir

A ceux qui aiment le foot et aux autres

Hors-jeu, Matthieu Chiara, L’agrume, 2016

hirs-jeuDifficile d’y échapper. Qu’on aime ou pas le foot, il est là. Il s’impose pour beaucoup comme une évidence, une nécessité, une passion. D’autres dédaignent, repoussent, nient, mais il est là, surtout en ce début d’été 2016. Mon fils aime le foot. A sa façon. Il ne le pratique pas dans un club. Quelquefois, mais finalement assez rarement, il joue dans un jardin ou Continuer la lecture de A ceux qui aiment le foot et aux autres

La frustration à l’œuvre

Histoire réversible, Lydia Davis, traduit de l’anglais (États-Unis) par Anna Rabinovitvch, Christian Bourgois, 2016

R. Magritte, La décalcomanie, 1966
R. Magritte, La décalcomanie, 1966

Le titre du dernier recueil de nouvelles de Lydia Davis, Histoire réversible, dit déjà le double sens, le jeu de l’endroit et de l’envers. Quelque chose que l’on croit à la première lecture et finalement non, peut-être pas, cela coulisse et c’est autre chose, comme un double-fond, une Continuer la lecture de La frustration à l’œuvre

Porteurs du feu

La route, Cormac McCarthy, traduit de l’anglais (États-Unis) par François Hirsch, Éditions de l’Olivier, 2008
Sans titre, Jérôme Mitonneau, craie et paraffine, 2003

Ils sont deux. L’homme et l’enfant. Le père et le fils. Ils marchent sur la route. Tout est dévasté. Pluie de cendre, forêts brûlées. Sol, ciel, air, tout est gris. La Terre a subi une terrible catastrophe. Plus de vie hors quelques êtres en quête de nourriture, d’un abri, d’un peu de chaleur. Je viens de relire La route. Je me souviens très bien de la Continuer la lecture de Porteurs du feu

Galilée, terre de paroles

Une femme fuyant l’annonce, David Grossman, traduit de l’hébreu par Sylvie Cohen, Seuil, 2011

femmefuyantannoncexLe roman s’ouvre dans l’obscurité d’un hôpital de Jérusalem. Nous sommes en 1967. Avram et Ora, 17 ans, fiévreux, mis en quarantaine, s’y rencontrent et s’y parlent la nuit. Une troisième ombre apparaît, Ilan. Dialogues hallucinés, corps qui se touchent. Un triangle se forme, une femme, deux hommes qui deviennent ses amants, deux hommes qui deviennent amis. Continuer la lecture de Galilée, terre de paroles

Mangé qui croyait manger

La Demande d’emploi, Michel Vinaver, L’Arche, 1973 (réédité en 2015)

emploi-seniors-marketingLa pièce date de 1973. Son auteur, Michel Vinaver avait alors écrit et publié mais était surtout patron de la société Gillette. Il connait l’entreprise. Le texte reste d’une étonnante actualité. Il est même plus actuel encore que lors de sa parution, rattrapé par le réel. Très Continuer la lecture de Mangé qui croyait manger

Intarissable Flaubert

Bovary, Tiago Rodrigues, traduit du portugais par Thomas Resendes, Les Solitaires intempestifs, 2016

Alma Palacios dans le rôle d'Emma (Théâtre de la Bastille, mai 2016)
Alma Palacios dans le rôle d’Emma (Théâtre de la Bastille, mai 2016)

Gustave Flaubert a écrit quatre romans. C’est peu au regard de la prolixité de ses contemporains Honoré de Balzac, Émile Zola ou Victor Hugo. Il a entretenu une généreuse correspondance (rassemblée en cinq tomes dans La Pléiade sans compter le volume de 496 pages de la même collection, consacré à la simple indexation des noms Continuer la lecture de Intarissable Flaubert

par Isabelle Louviot