Un traître à aimer

Retour à Killybegs, Sorj Chalandon, Grasset, 2011

Included Sunday bloody sunday (1983)
Included Sunday bloody sunday (1983)

2016, cent ans après l’insurrection de Dublin réprimée par l’armée britannique. L’Irlande se souvient. La Pâques sanglante de 1916 porte en germe la République proclamée en 1921 avec la signature du traité de Londres. La terre irlandaise est alors partagée. La République indépendante au Sud, le dominion britannique sur une partie (la plus prospère) de l’Ulster, au Nord. Le réalisateur Emmanuel Hamon a fait de Continuer la lecture de Un traître à aimer

Saisir la vie, le temps, comprendre et jouir

Mémoire de fille, Annie Ernaux, Gallimard, 2016

annie-ernaux-raconte-ses-18-ans-dans-son-dernier-livre_5577343C’était une pièce manquante. Le nouveau livre d’Annie Ernaux vient compléter le puzzle qu’elle construit depuis près de quarante ans. De sa vie ordinaire, elle a fait littérature. L’extraordinaire a été de transformer par l’écriture le quotidien en paysage social et intime, celui d’une génération de femmes françaises nées pendant la guerre. Continuer la lecture de Saisir la vie, le temps, comprendre et jouir

Delphine de Vigan, démiurge d’elle-même

D’après une histoire vraie, Delphine de Vigan, Lattès, 2015

E. Hopper, Chop-suey, 1929, Collection of Barney A. Ebsworth
E. Hopper, Chop-suey, 1929, Collection of Barney A. Ebsworth

J’ai lu ce livre comme on mange trop vite, sans prendre le temps de respirer, de savourer. Il me semble qu’il appelle ce type de lecture. Quelque chose de frénétique, d’excitant. C’est après cette lecture éclair que j’ai eu envie de faire ma première chronique littéraire*. Continuer la lecture de Delphine de Vigan, démiurge d’elle-même

Petite histoire d’un retournement

Comment parler des livres que l’on n’a pas lus ? Pierre Bayard, Minuit, 2007

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W. Allen et R. Schneider dans Quoi de neuf Pussy cat ? (Clive Donner, 1965)

J’ai lu ce livre à reculons. J’en pressentais le discours universitaire froid, provocateur, une forme de dandysme. Je ne voyais pas vraiment l’intérêt d’écrire sur le sujet. De son titre, je percevais la suprématie d’une parole-imposture sur l’expérience profonde, singulière, intime de la lecture. J’avais jusque-là résisté à Marc qui me parlait régulièrement de ce livre. Je n’aime pas sentir une trop forte prescription même si je suis tout à fait capable de la faire subir à d’autres. Continuer la lecture de Petite histoire d’un retournement

Derniers feux du fleuve-Barthes

La préparation du roman, Roland Barthes, cours au Collège de France (1978-1980), Le Seuil, 2015

barthesJe n’ai compris que récemment ce qui me plaisait tant chez Roland Barthes. Il expose avec une belle clarté (sans peur des mots rares, et la sémiologie en compte quelques-uns) et s’expose d’un même jet. Il énonce une pensée érudite, argumentée, fine et n’oublie Continuer la lecture de Derniers feux du fleuve-Barthes

Ti-Zibié, ton stylo te fera mourir couillon !

Solibo Magnifique, Patrick Chamoiseau, Gallimard, 1988

P. Gauguin, Palmiers de Martinique, 1887
P. Gauguin, Palmiers de Martinique, 1887

Quand j’ai lu pour la première fois Patrick Chamoiseau (Texaco, Gallimard, 1992), j’ai eu l’impression simultanée de découvrir et de comprendre une nouvelle langue. Pas seulement une nouvelle langue d’écriture, non, une nouvelle langue pour communiquer. Une langue étrangère, comme on dit pour faire la distinction avec sa langue maternelle. Je la comprenais par la lecture. Continuer la lecture de Ti-Zibié, ton stylo te fera mourir couillon !

Écrire la femme

La femme gelée, Annie Ernaux, Gallimard, 1981

femme années 50En littérature, Annie Ernaux a inventé le je sociologique (je crois que c’est Emmanuel Carrère qui utilise cette belle et juste formule). Elle fabrique de la sociologie avec sa propre matière, singulière. Dans La femme gelée,  son je est un elles. Son je est celui d’une femme, hyper consciente de sa génération, la dévoilant à travers elle-même. Continuer la lecture de Écrire la femme

Ôde au noir de l’adolescence

Olivier Py, Le Cahier noir, Actes sud, 2015

opyOlivier Py a beaucoup écrit, monté, dirigé, pourtant je ne l’avais pas vraiment remarqué. Je passais à côté. Je n’avais vu qu’une de ses pièces, Adagio (Mitterrand, Le secret et la mort) en 2011. Nicolas Sarkozy était alors président de la République et j’avais senti dans la salle, à la fin, lors des applaudissements chauds, longs, une sorte de soulagement du public. Continuer la lecture de Ôde au noir de l’adolescence

Plus qu’à 37 points de l’appareil à raclette !

Zaï zaï zaï zaï, Fabcaro, 6 pieds sous terre Éditions, 2016

080_006Tout commence à la caisse du supermarché. Un client a oublié l’indispensable carte du magasin. Il sera pour cela poursuivi par toutes-les-polices-du-pays. Auteur et héros d’un road movie déglingué, Fabcaro livre avec Zaï zaï zaï zaï, une critique puissante et hilarante de notre société. Traversant plusieurs univers (le commerce, la police et la gendarmerie, la politique, les médias, l’école, sans oublier… le petit monde Continuer la lecture de Plus qu’à 37 points de l’appareil à raclette !

Entre père et fils, brouillages en Alaska

père filsDavid Vann, Sukkwan Island, traduit de l’anglais (États-Unis) par Laura Derajinsky, Gallmeister, 2010

Certains romans ressemblent à des plats étonnants de force et de subtilité, excellents. On s’en souvient longtemps après leur dégustation. On garde l’impression d’avoir été tenus, dévorants, plaqués au texte, comme à une fascinante paroi. Des romans dont on a senti à la lecture, de façon confuse mais sûre, qu’ils entreraient en nous, nous pénétreraient, deviendraient une partie de nous. Sukkwan Island de l’américain David Vann, publié en France en 2009, est pour moi un de ceux-là. Continuer la lecture de Entre père et fils, brouillages en Alaska

par Isabelle Louviot