Archives par mot-clé : lecture

K comme kaïros

Maintenant ou jamais

Alphabet fantaisie, XVIe siècle

K, ça se complique. Le choix se resserre. Éviter les mots exotiques, rigolos mais qui n’évoquent que des facilités pour profiter des 10 points du K, à placer si possible sur la case bleu foncé (lettre compte triple, pour les hostiles au scrabble). Kafkaien ou kafaen risque de m’engluer dans la littérature sur la littérature. Reste un mot, venu du grec sans trop d’apprêt, dit intraduisible, brut, ouvert, vivant, kaïros. C’est maintenant ou jamais, ascension du K comme KAÏROS. Continuer la lecture de K comme kaïros

Ivres de livres

Le corps des libraires, Vincent Puente, La Bibliothèque, 2015

Roland Topor, « Le voyageur immobile », lithographie, 1968, BNF

Quels libraires se reconnaîtront dans Le corps des libraires – Histoires de quelques libraires remarquables et autres choses ? Tous ceux restés attentifs à la folie, même enfouie, qui les a fait choisir cet étonnant métier. Vincent Puente nous fait traverser de drôles de librairies de France ou d’ailleurs, encore ouvertes ou bizarrement disparues. Nous rencontrons des libraires sortis de romans de Franz Kafka, Robert Walser ou Boris Vian et nous rions beaucoup, ce qui n’est pas forcément garanti avec les deux premiers auteurs cités. Continuer la lecture de Ivres de livres

Jacques Damade, militant dilettante

Rendez-vous est pris avec le premier éditeur-Robinson de ma série. L’été est là, la rue de presque midi est un four, les volets clos de l’appartement font de piètres remparts contre l’épuisante chaleur. Jacques Damade a créé les éditions de la Bibliothèque voici 25 ans. Il est fier de ce nom, qui a la force de sa simplicité. LA bibliothèque c’est la sienne, les autres ont besoin pour exister d’un qualificatif (nationale, très grande) ou d’un nom propre, la célébrité de ce dernier disant la dépendance du lieu à son égard. Les éditions de la Bibliothèque se suffisent à elles-mêmes. Portrait d’un éditeur qui cultive le singulier. Continuer la lecture de Jacques Damade, militant dilettante

Proust avant Proust

Sur la lecture, Marcel Proust, Actes Sud, 1988

Marcel Proust en 1900

Tentant de rendre hommage, ici, aussi, à Françoise Nyssen fraîchement nommée ministre de la Culture. Fille d’Hubert, disparu en 2011, créateur de l’étonnante entreprise au nom claquant aux vents de la belle ville d’Arles, elle a creusé le sillon singulier d’une maison qui, loin de Paris, a souhaité éditer autrement. Formats étroits, papier ivoire, auteurs du monde, lieu de pensée, d’arts et de culture, Actes Sud pourrait se définir par ce concentré-là. Impression en l’énonçant de ne dire que l’évidence qui s’est peu à peu imposée depuis 1977. Peut-être que ce qui me frappe le plus c’est que cette maison ait réussi à incarner, en relativement peu de temps et avec autant de force, l’attachement, les liens profonds et nourris avec une tradition, une histoire de la culture, des arts et de la littérature. Mince de ses 64 pages, né préface, Sur la lecture de Marcel Proust a été édité en 1988 de façon autonome par la maison arlésienne. Si Anne Walter, cinéaste et romancière qui a eu l’idée de cette publication détachée mais ancrée dans l’histoire de l’art de la littérature, m’avait demandé une préface à ce qui n’en était plus une, voici l’histoire que j’aurais racontée… Continuer la lecture de Proust avant Proust

La littérature transite par l’estomac

Qui a peur de l’imitation ? Maxime Decout, Minuit, 2017

« Sans titre », Andy Warhol et Jean-Marie Basquiat, acrylique et huile, collection particulière, 1985. La tête de mort (A. Warhol), motif ancien de la vanité, confrontée à l’estomac (J.M Basquiat), symbole d’une énergie vitale sans cesse renouvelée.

Rien de plus original, rien de plus soi que de se nourrir des autres. Mais il faut les digérer. Le lion est fait de mouton assimilé. C’est Paul Valéry qui parle, cité par Maxime Decout au début de Qui a peur de l’imitation ? L’essai parait dans la collection Paradoxe (Minuit) accueillant une grande partie de l’œuvre de Pierre Bayard. L’idée de la collection est de soulever une bizarrerie chahutant la littérature pour en déployer toute la fécondité. Les écrivains revendiquent (et les lecteurs, généralement, les attendent à ce tournant-là) une originalité de création. Par ailleurs, chaque écrivain a ses modèles, son panthéon, à la fois indispensable nourriture et profonde angoisse (vais-je arriver à faire différemment, voire, rêvons un peu, mieux ?). Maxime Decout a décidé d’en découdre avec l’imitation, puissant lieu de réflexion sur l’influence, la dette, le rejet, l’originalité, le style et l’identité. Plongée dans l’art du pastiche, de l’allusion, la parodie, la satire et autres formes d’inspirations inspirantes. Continuer la lecture de La littérature transite par l’estomac

E comme expérimental

No limit

Alphabet fantaisie, XVIe siècle

Déjà assez libre avec cette consigne d’écriture que je me donne (associer à une lettre un mot, puis fabriquer à partir de lui, une chronique littéraire dans l’air du temps mais pas que), j’en rajoute avec le choix d’un mot qui invite à la sortie de route, au mélange des genres, à la déconstruction, l’exploration de ce qui n’a pas pignon-sur-rue. La littérature expérimentale, c’est quoi au juste ? La littérature n’est-elle pas, par nature, expérimentale ? Voyons voir avec ce E comme EXPÉRIMENTAL. Continuer la lecture de E comme expérimental

Roman, genre immortel ?

Rouvrir le roman, Sophie Divry, Editions Noir sur Blanc, 2017

Je découvre Sophie Divry. Pas encore 40 ans, auteure de quatre romans dont deux très remarqués, annonce la quatrième de couverture, mais à côté desquels je suis passée, elle publie un essai généreux, nourri et enthousiaste sur le genre roman. Pas si fréquent qu’une jeune romancière ni normalienne, ni universitaire, ni monstrueusement connue, s’avance sur ce territoire du penser-la-littérature. Qu’explore cette aventureuse aventurière ? Continuer la lecture de Roman, genre immortel ?

A comme alphabet

A tout seigneur tout honneur

Aphabet fantaisie, XVIe siècle

Les sujets du concours d’entrée à la Femis (l’École nationale supérieure des métiers de l’image et du son) viennent de tomber. Cette année, les trois mots pour l’épreuve du dossier personnel d’enquête sont, au choix, promesse, rideau, sourire. Des travaux de quelle commission, peut-être passionnée, sortent ces sujets ? De quoi sont faits les débats ? L’idée de partir d’un seul mot pour créer me fascine. Preuve que les mots se tiennent entre eux, que chacun est capable d’en tirer d’autres, porteurs d’idées, d’émotions, de références culturelles. Sorte de démultiplication des pains, de bombe à fragmentation, d’éclosion du multiple. Un devient plein. Cela m’a donné une idée de nouvelle chronique pour ce blog, que je pense mener de A à Z, en commençant par… le début. Alors, à tout seigneur tout honneur : A comme ALPHABET.  Continuer la lecture de A comme alphabet

Le tigre n’est pas mort 2

Mallarmé et moi, Raphaël Meltz, Editions du Panama, 2006

Un 2, ce n’est pas habituel ici, c’est même la première fois. Cela n’annonce pas cependant toute une saison sur la non-mort du Tigre. Urbs m’ayant ouvert l’appétit, j’ai eu envie de lire d’autres écrits de ce drôle de Raphaël Meltz. Son premier roman, Mallarmé et moi est paru dans une maison qui a disparu depuis. A sa lecture, il s’est passé quelque chose d’assez habituel quand je ne suis pas une œuvre dans son ordre d’écriture. J’ai été déçue de voir que ce que j’avais découvert (et aimé), était déjà là, avant. Un peu comme si j’avais été trompée. Je m’explique. Continuer la lecture de Le tigre n’est pas mort 2