Archives de catégorie : Romans, nouvelles, etc.

Galilée, terre de paroles

Une femme fuyant l’annonce, David Grossman, traduit de l’hébreu par Sylvie Cohen, Seuil, 2011

femmefuyantannoncexLe roman s’ouvre dans l’obscurité d’un hôpital de Jérusalem. Nous sommes en 1967. Avram et Ora, 17 ans, fiévreux, mis en quarantaine, s’y rencontrent et s’y parlent la nuit. Une troisième ombre apparaît, Ilan. Dialogues hallucinés, corps qui se touchent. Un triangle se forme, une femme, deux hommes qui deviennent ses amants, deux hommes qui deviennent amis. Continuer la lecture de Galilée, terre de paroles

Un traître à aimer

Retour à Killybegs, Sorj Chalandon, Grasset, 2011

Included Sunday bloody sunday (1983)
Included Sunday bloody sunday (1983)

2016, cent ans après l’insurrection de Dublin réprimée par l’armée britannique. L’Irlande se souvient. La Pâques sanglante de 1916 porte en germe la République proclamée en 1921 avec la signature du traité de Londres. La terre irlandaise est alors partagée. La République indépendante au Sud, le dominion britannique sur une partie (la plus prospère) de l’Ulster, au Nord. Le réalisateur Emmanuel Hamon a fait de Continuer la lecture de Un traître à aimer

Delphine de Vigan, démiurge d’elle-même

D’après une histoire vraie, Delphine de Vigan, Lattès, 2015

E. Hopper, Chop-suey, 1929, Collection of Barney A. Ebsworth
E. Hopper, Chop-suey, 1929, Collection of Barney A. Ebsworth

J’ai lu ce livre comme on mange trop vite, sans prendre le temps de respirer, de savourer. Il me semble qu’il appelle ce type de lecture. Quelque chose de frénétique, d’excitant. C’est après cette lecture éclair que j’ai eu envie de faire ma première chronique littéraire*. A l’intensité de ma lecture répondait l’intensité d’une envie d’écrire. Le sujet n’y était sans doute pas pour rien. Avec D’après une histoire vraie, Delphine de Vigan, nous fait entrer dans sa cuisine d’auteur, son intérieur, celui d’un écrivain qui peine à écrire. Le roman met en scène la rencontre de deux femmes. Delphine et L. s’aiment, se détestent, se cherchent, se fuient, s’engueulent, s’intéressent profondément l’une à l’autre.

Encore…

Ti-Zibié, ton stylo te fera mourir couillon !

Solibo Magnifique, Patrick Chamoiseau, Gallimard, 1988

P. Gauguin, Palmiers de Martinique, 1887
P. Gauguin, Palmiers de Martinique, 1887

Quand j’ai lu pour la première fois Patrick Chamoiseau (Texaco, Gallimard, 1992), j’ai eu l’impression simultanée de découvrir et de comprendre une nouvelle langue. Pas seulement une nouvelle langue d’écriture, non, une nouvelle langue pour communiquer. Une langue étrangère, comme on dit pour faire la distinction avec sa langue maternelle. Je la comprenais par la lecture. Continuer la lecture de Ti-Zibié, ton stylo te fera mourir couillon !

Entre père et fils, brouillages en Alaska

père fils

David Vann, Sukkwan Island, traduit de l’anglais (États-Unis) par Laura Derajinsky, Gallmeister, 2010

Certains romans ressemblent à des plats étonnants de force et de subtilité, excellents. On s’en souvient longtemps après leur dégustation. On garde l’impression d’avoir été tenus, dévorants, plaqués au texte, comme à une fascinante paroi. Des romans dont on a senti à la lecture, de façon confuse mais sûre, qu’ils entreraient en nous, nous pénétreraient, deviendraient une partie de nous. Sukkwan Island de l’américain David Vann, publié en France en 2009, est pour moi un de ceux-là.

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Miraculeuse conversation !

La conférence de Cintegabelle, Lydie Salvayre, Seuil / Verticales, 1999

G. Braque, L'oiseau noir et l'oiseau blanc, 1960
G. Braque, L’oiseau noir et l’oiseau blanc, 1960

L’an dernier, j’ai passé plusieurs semaines avec Lydie Salvayre, avec l’auteur, j’ai lu presque tous ses livres, les uns après les autres, tellement je fus séduite par le premier de la liste. Il se trouvait déjà dans notre bibliothèque. Marc inscrit toujours dans ses livres ses prénom, nom, le mois et l’année de lecture. Il a une autre manie, celle d’y relever les mots rares, ceux qu’ils rencontrent pour la première fois. C’est ainsi que j’ai trouvé à la fin du très beau Bruissement de la langue (Barthes, Le Seuil, 1984) deux pages couvertes de mots écrits en tout petit. Y trônaient hypostase, paragramme, l’étrange signifiose et le très bel éréthisme. Dans La conférence de Cintegabelle, rien. Le livre était vierge de toute lecture, de toute écriture. Son titre ne me disait pas grand-chose. Cintegabelle, petite commune de Haute-Garonne, Lionel Jospin, conseiller général du canton éponyme jusqu’en 2002. C’était tout.

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