Archives par mot-clé : Amérique

Quatre boules de cuir

Beauté du geste, Nicolas Zeisler, Le Tripode, 2017 

L’illustration de couverture a été réalisée par Anna Boulanger, auteur du magnifique album « l’Absence » (http://suruneilejemporterais.fr/sens-de-lecture/)

Je ne connais pas grand-chose à la boxe. Pas spécialement attirée par les shorts amples de satin rouge ou bleu vif couverts de stickers moches, les nez écrasés, les visages déformés à la longue, les arcades explosées, les regards vidés par l’effort du combat. Mon fils a commencé à en faire cette année. Un truc important pour lui. Parfois, dans la cuisine, il esquisse des gestes appris. Quand je le vois se mettre en position, préparant son corps, simultanément, à l’attaque et à la protection de lui-même, je trouve ça beau, mais c’est mon fils. Beauté du geste, nouvel ovni des éditions Le Tripode, parle de boxe et c’est un très beau livre. Continuer la lecture de Quatre boules de cuir

Alors, on fait comment avec les animaux ?

Abattoirs de Chicago, Le monde humain, Jacques Damade, collection L’Ombre animale, La Bibliothèque, 2016

Les gens, ils ont oublié que pour manger de la viande, il fallait tuer un animal. Le directeur d’un abattoir, filmé pour un reportage d’Envoyé spécial diffusé le 16 février 2017, s’agace. C’est vrai, tout a été fait pour qu’on oublie ce point de départ. En anglais, il y a des mots différents pour dire l’animal vivant dans le pré ou la bauge (a calf, a sheep, a pig) et le mort dans l’assiette (veal, mutton, pork). En français et en anglais, on dira vache (cow) pour le mammifère ruminant et bœuf (beef) pour le tartare ou la pièce que l’on demandera saignante ou à point. Citadins pour la plupart, nous ne voyons bien souvent de l’animal que le domestique ou, par le biais d’une échappée campagnarde, les vaches tachetées ou les moutons à laine grasse et aux drôles de pupilles. Jacques Damade situe le point d’origine de notre rapport clivé avec l’animal à Chicago, au début du XIXe siècle.  Continuer la lecture de Alors, on fait comment avec les animaux ?

Et si j’écrivais un roman américain ?

La disparition de Jim Sullivan, Tanguy Viel, Minuit, 2013

Portrait du chanteur Jim Sullivan (1940 – 1975) dormant avec son chien

Publié depuis 1998 aux Éditions de Minuit (maison dont la production littéraire est particulièrement homogène et d’une certaine façon, française, je sais que c’est un peu raccourci, mais j’y reviendrai au besoin dans un commentaire), Tanguy Viel annonce d’emblée qu’il a envie d’écrire un roman américain. Le professeur de littérature comparée à l’université de Paris-Sorbonne qui sommeille en vous, se demande peut-être ce que cela peut bien vouloir dire écrire un roman américain quand on est français. Enquête. Continuer la lecture de Et si j’écrivais un roman américain ?

Tragédie forestière

Et quelquefois j’ai comme une grande idée, Ken Kesey, traduit de l’anglais (États-Unis) par Antoine Cazé, Monsieur Toussaint Louverture, 2015

ken keseyD’abord, parler de l’objet. Très beau, avec de l’esprit, du soin, de la conviction, de la culture. La jaquette de couverture est ornée de motifs constructivistes évoquant la forêt, décor du roman. En quatrième de couverture, à côté du prix du livre, un merci délicatement imprimé. A l’intérieur, la dernière page pourrait être utilisée comme support de formation dans l’édition. Elle détaille les papiers, typographies, encres, dimensions de l’ouvrage ainsi que le Continuer la lecture de Tragédie forestière

Entre père et fils, brouillages en Alaska

père filsDavid Vann, Sukkwan Island, traduit de l’anglais (États-Unis) par Laura Derajinsky, Gallmeister, 2010

Certains romans ressemblent à des plats étonnants de force et de subtilité, excellents. On s’en souvient longtemps après leur dégustation. On garde l’impression d’avoir été tenus, dévorants, plaqués au texte, comme à une fascinante paroi. Des romans dont on a senti à la lecture, de façon confuse mais sûre, qu’ils entreraient en nous, nous pénétreraient, deviendraient une partie de nous. Sukkwan Island de l’américain David Vann, publié en France en 2009, est pour moi un de ceux-là. Continuer la lecture de Entre père et fils, brouillages en Alaska