Archives par mot-clé : nature

J comme jardin

Tous sens dehors

Alphabet fantaisie, XVIe siècle

Je ou jardin ? J’ai hésité. Puiser dans le tombereau de choses écrites sur l’autobiographie, l’autofiction, la personne, première, qui s’élance, seule visible, dans l’écriture ou l’espace clos, cultivé, d’agrément ou nourricier, secret ou public, parfois zoologique. J’ai opté pour celui-ci. À cause des images de lectures anciennes qui me sont revenues, La faute de l’abbé Mouret, Bouvard et Pécuchet, Colette, de films aimés (Meurtre dans un jardin anglais, Blow-Up, Shining, Rohmer), d’un puzzle aussi (ces femmes en grandes robes blanches posées dans un immense jardin de 500 pièces signé Claude Monet) qui me donna tant de mal, enfant. Pénétrons donc cet endroit-là coloré, parfumé, sonorisé par l’oiseau, l’insecte ou le vent, dont on peut, aux beaux jours, goûter la framboise velue, ce J comme JARDIN. Continuer la lecture de J comme jardin

I comme île

Imaginaire par nature

Alphabet fantaisie, XVIe siècle

Été, ma petite académie en est à la lettre I, le blog s’appelle comme on sait, tout converge vers cette terre isolée, intrigante, fantasmée, refuge ou prison, bagne ou paradis, confetti ou assez vaste pour faire oublier la mer autour, tropicale ou glacée, avec ou sans îliens, caillou ou plantée d’arbres immenses dont on se demande s’ils ne prennent pas racine en mer. En un mot, court, à la fois féminin et masculin, léger, mille fois chanté, sensuel, le I étirant les lèvres à l’horizontale puis l’L roulé par la langue soudain stoppée dans son élan. Est-il beaucoup de mots de seulement trois lettres qui en entraînent autant dans leur sillage ? D’accord, il y a aussi vie, eau, feu, oui, non, été, mer et quelques autres (cruciverbistes, n’hésitez pas à compléter), mais île a une belle place au soleil des associations.  Le prononcer, c’est déjà partir. Explorations tous azimuts avec I comme ÎLE. Continuer la lecture de I comme île

H comme haïku

Les pouvoirs du peu

Alphabet fantaisie, XVIe siècle

Dans La préparation du roman, Roland Barthes consacre plusieurs séances au haïku. C’est avec cette lecture que je me suis vraiment plongée dans la forme poétique nippone. Je ne dirais pas qu’elle me soit devenue familière, mais elle est entrée dans mon paysage littéraire. Cette façon dont le très court se déploie m’intrigue. Tension entre l’économie extrême de mots et l’infini des sens. Comme un pied de nez à l’écriture-même. Humons-voir avec ce H comme HAÏKU. Continuer la lecture de H comme haïku

F comme forêt

Un dedans du dehors

Alphabet fantaisie, XVIe siècle

Existe-t-il un endroit de la littérature aussi prisé des différents genres (conte, récit d’aventure, fantastique, polar…), aussi chargé de tout et son contraire (bien et mal, peur et enchantement, quête et impasse, initiation et mort…), autant traversé par l’épopée (forêt de L’Éneide, Brocéliande des chevaliers de la Table ronde, forêt obscure puis antique de La Divine Comédie ou interdite du cycle Harry Potter…) ? Nouveau défi de ce A à Z, partir du F pour déployer et pénétrer la forêt. Alors, chasse non gardée, braconnage autorisé dans F comme FORÊT. Continuer la lecture de F comme forêt

Sens de lecture

l’absence, Anna Boulanger, le Tripode, 2016

Je ne sais pas pourquoi mais j’aime bien me rappeler ce qui m’a conduit à un livre. Je le fais parfois dans ce blog. Je le fais souvent quand je parle d’un livre à quelqu’un (je sens d’ailleurs que ça agace et qu’on aimerait bien que j’en arrive au fait, ce qui est peut-être déjà votre cas, en ce moment, mais j’ai appris à supporter mes détours et les effets qu’ils provoquent). La première fois que j’ai entendu parler de ce livre, il y a deux semaines, Continuer la lecture de Sens de lecture

Des bêtes et des hommes

Règne animal, Jean-Baptiste Del Amo, Gallimard, 2016

F. Bacon, trois études pour G. Dyer, 1969, The Estate of F. Bacon, Louisiana Museum of Modern Art
F. Bacon, trois études pour G. Dyer, 1969, Louisiana Museum of Modern Art, © The Estate of F. Bacon

Cinq générations se succèdent entre 1898 et 1981 dans cette ferme isolée du Sud-Ouest, à proximité de Puy-Larroque. Pas exactement une fresque familiale, plutôt la pénétration sourde, implacable, sensorielle d’un monde où se côtoient brutalement bêtes et hommes. De génération en génération, hommes et femmes se parlent peu, mal, et se tuent au travail. Dans une langue précise et crue, Jean-Baptiste Del Amo en traque les routines et les folies. Le romancier aime la peinture et la photographie. Son écriture possède une étonnante capacité à représenter. Continuer la lecture de Des bêtes et des hommes

Performance au sommet

Le Grand Jeu, Céline Minard, Rivages, 2016

« Rhizikon » (2009), spectacle conçu et dansé par la chorégraphe et trapéziste Chloé Moglia

Alors qu’autour de moi, les louanges fusaient sur ce roman de Céline Minard, je n’avais pas réussi à lire Faillir être flingué (Rivages, 2013). Je vais réessayer, forte de ce que vient de me faire Le Grand Jeu.

Aidée par une petite équipe héliportée, une femme installe une cabine hightech sur une paroi granitique au-dessus du vide. Elle a acheté la terre montagneuse de 200 hectares sur laquelle est implantée sa nouvelle demeure et planifié une vie en complète autarcie. Robinson survécut sur l’île grâce à ce qu’il récupéra dans l’épave et ce qu’il construisit avec ingéniosité. Ici, la femme choisit cet îlot d’altitude pour une expérience organisée par avance. Vivre hors jeu. Continuer la lecture de Performance au sommet