Archives par mot-clé : proust

Proust avant Proust

Sur la lecture, Marcel Proust, Actes Sud, 1988

Marcel Proust en 1900

Tentant de rendre hommage, ici, aussi, à Françoise Nyssen fraîchement nommée ministre de la Culture. Fille d’Hubert, disparu en 2011, créateur de l’étonnante entreprise au nom claquant aux vents de la belle ville d’Arles, elle a creusé le sillon singulier d’une maison qui, loin de Paris, a souhaité éditer autrement. Formats étroits, papier ivoire, auteurs du monde, lieu de pensée, d’arts et de culture, Actes Sud pourrait se définir par ce concentré-là. Impression en l’énonçant de ne dire que l’évidence qui s’est peu à peu imposée depuis 1977. Peut-être que ce qui me frappe le plus c’est que cette maison ait réussi à incarner, en relativement peu de temps et avec autant de force, l’attachement, les liens profonds et nourris avec une tradition, une histoire de la culture, des arts et de la littérature. Mince de ses 64 pages, né préface, Sur la lecture de Marcel Proust a été édité en 1988 de façon autonome par la maison arlésienne. Si Anne Walter, cinéaste et romancière qui a eu l’idée de cette publication détachée mais ancrée dans l’histoire de l’art de la littérature, m’avait demandé une préface à ce qui n’en était plus une, voici l’histoire que j’aurais racontée… Continuer la lecture de Proust avant Proust

D comme disparition

La littérature a horreur du vide

Alphabet fantaisie, XVIe siècle

Georges Perec a écrit plus de 300 pages sans utiliser la lettre E. La disparition (1969) fut une audacieuse expérience littéraire, il y assouvissait, jusqu’à plus soif, un instinct aussi constant qu’infantin (ou qu’infantil) : son goût, son amour, sa passion pour l’accumulation, pour la saturation, pour l’imitation, pour la citation, pour la traduction, pour l’automatisation. De la privation, G. Perec fabrique du trop-plein. Soustrayant, il multiplie. Dans un polar aussi, la disparition d’une personne, d’un objet crée du plein, une enquête, une narration, un livre. Disparition et création, deux faces d’une même monnaie ? Examen de l’hypothèse dans D comme DISPARITION. Continuer la lecture de D comme disparition

C comme cliché

Paria de la littérature ?

Alphabet fantaisie, XVIe siècle

Il faut une grande force de réaction personnelle, une grande énergie cellulaire pour résister à la douce facilité d’ouvrir la main sous le fruit qui tombe et il est si agréable et si naturel à l’Homme de se nourrir du jardin qu’il n’a ni bêché, ni semé, ni planté. Pour Rémy de Gourmont, auteur prolifique du XIXe siècle, le cliché est ce fruit, tentant et défendu en littérature. Il y consacre un chapitre de son Esthétique de la langue française (1899). Au-delà du cliché du cliché-paria-de-la-littérature, il y a dans cette forme quelque chose d’incertain, de sournois, de relatif et même d’explosif. Lumière sur une bête réputée noire (ex-æquo avec la-page-blanche) de l’écrivain : C comme CLICHÉ. Continuer la lecture de C comme cliché

Sens de lecture

l’absence, Anna Boulanger, le Tripode, 2016

Je ne sais pas pourquoi mais j’aime bien me rappeler ce qui m’a conduit à un livre. Je le fais parfois dans ce blog. Je le fais souvent quand je parle d’un livre à quelqu’un (je sens d’ailleurs que ça agace et qu’on aimerait bien que j’en arrive au fait, ce qui est peut-être déjà votre cas, en ce moment, mais j’ai appris à supporter mes détours et les effets qu’ils provoquent). La première fois que j’ai entendu parler de ce livre, il y a deux semaines, Continuer la lecture de Sens de lecture

Où la littérature prend-elle sa source ?

L’art et la formule, Jean-Yves Pouilloux, Gallimard, 2016

Alexandre Hollan, Vie silencieuse, 2013

De quoi traite cet essai dont le titre s’annonce comme un (très) vaste programme ? De l’alchimie mystérieuse, complexe, tendue, entre écriture et perception sensible. Alchimie qui donne naissance à la littérature, celle qui permet d’accéder à une plus grande connaissance de soi. C’est ainsi que la définit Jean-Yves Pouilloux, professeur émérite de littérature à l’université de Pau et des Pays de l’Adour. Avançant avec plusieurs écrivains, philosophes et peintres (Proust, Queneau, Bouvier, Merleau-Ponty, Giaccometti, Hollan…), il tente de répondre à la question : où la littérature, et plus largement la création, prennent-elles leur source ? Continuer la lecture de Où la littérature prend-elle sa source ?

Petite histoire d’un retournement

Comment parler des livres que l’on n’a pas lus ? Pierre Bayard, Minuit, 2007

bayard
W. Allen et R. Schneider dans Quoi de neuf Pussy cat ? (Clive Donner, 1965)

J’ai lu ce livre à reculons. J’en pressentais le discours universitaire froid, provocateur, une forme de dandysme. Je ne voyais pas vraiment l’intérêt d’écrire sur le sujet. De son titre, je percevais la suprématie d’une parole-imposture sur l’expérience profonde, singulière, intime de la lecture. J’avais jusque-là résisté à Marc qui me parlait régulièrement de ce livre. Je n’aime pas sentir une trop forte prescription même si je suis tout à fait capable de la faire subir à d’autres. Continuer la lecture de Petite histoire d’un retournement

Derniers feux du fleuve-Barthes

La préparation du roman, Roland Barthes, cours au Collège de France (1978-1980), Le Seuil, 2015

barthesJe n’ai compris que récemment ce qui me plaisait tant chez Roland Barthes. Il expose avec une belle clarté (sans peur des mots rares, et la sémiologie en compte quelques-uns) et s’expose d’un même jet. Il énonce une pensée érudite, argumentée, fine et n’oublie Continuer la lecture de Derniers feux du fleuve-Barthes