Archives par mot-clé : humour

Qui va à Sein en revient

La grande panne, Hadrien Klent, Le Tripode, 2016

Et si un nuage de graphite, minerais hautement inflammable au contact d’une ligne électrique, nous arrivait d’Italie, comment réagirait le pouvoir politique français ? Il opterait pour la grande panne, tout couper plutôt que subir de petites pannes isolées décidées par le vent. Tel est le point de départ du roman signé Hadrien Klent. Souvenirs croisés de deux nuages, réels, celui de Tchernobyl célébré en 1986 pour son respect des frontières françaises et celui échappé du volcan islandais Eyjafjöll en 2010 qui vida un temps l’espace aérien européen. En 24 ans, la réponse politique a évolué, passant du mensonge d’État au principe de précaution. Ne rien dire ou trop en faire, deux bornes entre lesquelles navigue le pouvoir. Continuer la lecture de Qui va à Sein en revient

Et si j’écrivais un roman américain ?

La disparition de Jim Sullivan, Tanguy Viel, Minuit, 2013

Portrait du chanteur Jim Sullivan (1940 – 1975) dormant avec son chien

Publié depuis 1998 aux Éditions de Minuit (maison dont la production littéraire est particulièrement homogène et d’une certaine façon, française, je sais que c’est un peu raccourci, mais j’y reviendrai au besoin dans un commentaire), Tanguy Viel annonce d’emblée qu’il a envie d’écrire un roman américain. Le professeur de littérature comparée à l’université de Paris-Sorbonne qui sommeille en vous, se demande peut-être ce que cela peut bien vouloir dire écrire un roman américain quand on est français. Enquête. Continuer la lecture de Et si j’écrivais un roman américain ?

Le tigre n’est pas mort

Urbs, Raphaël Meltz, Le Tripode, 2013

Honnête. Si je n’avais qu’un mot pour parler de ce roman, c’est ce que je dirais. Je rassure immédiatement ceux qui aiment les chroniques variant entre 800 et 900 mots et je déçois les adeptes du très court : la longueur de celle-ci devrait être équivalente aux précédentes. Déjà, je me sens contaminée (mais j’ai de solides prédispositions en la matière) par un des procédés d’écriture d’Urbs, la digression. Vite, ajoutons quelque chose d’accrocheur pour ne pas perdre si tôt notre sympathique lecteur, abonné ou pas (je suis très ouverte), lancé dans cette 43ème chronique (déjà ? s’étonnent les rêveurs). C’est un roman drôle, loufoque, profond, érudit, picaresque et singulier (je fais gaffe quand même, je crois que je frise le cliché). Continuer la lecture de Le tigre n’est pas mort

Masculin Féminin

A moi seul bien des personnages, John Irving, traduit de l’anglais (États-Unis) par Josée Kamoun et Olivier Grenot, Le Seuil, 2013

Hermaphrodite endormi, IIe s. av. J.C., Palazzo Massimo, Rome
Hermaphrodite endormi, IIe s. av. J.C., Palazzo Massimo, Rome

Le titre est déjà une belle invitation. John Irving a puisé à la source. Richard II, Shakespeare. Je joue donc à moi seul bien des personnages / Dont nul n’est satisfait. Invitation au théâtre, au jeu des personnages et aux questions qu’ils tirent avec eux, l’identité, le jeu intime et social entre les êtres, le désir, la frustration et la représentation de tout cela par l’écriture. Continuer la lecture de Masculin Féminin

Tragédie forestière

Et quelquefois j’ai comme une grande idée, Ken Kesey, traduit de l’anglais (États-Unis) par Antoine Cazé, Monsieur Toussaint Louverture, 2015

ken keseyD’abord, parler de l’objet. Très beau, avec de l’esprit, du soin, de la conviction, de la culture. La jaquette de couverture est ornée de motifs constructivistes évoquant la forêt, décor du roman. En quatrième de couverture, à côté du prix du livre, un merci délicatement imprimé. A l’intérieur, la dernière page pourrait être utilisée comme support de formation dans l’édition. Elle détaille les papiers, typographies, encres, dimensions de l’ouvrage ainsi que le Continuer la lecture de Tragédie forestière

A ceux qui aiment le foot et aux autres

Hors-jeu, Matthieu Chiara, L’agrume, 2016

hirs-jeuDifficile d’y échapper. Qu’on aime ou pas le foot, il est là. Il s’impose pour beaucoup comme une évidence, une nécessité, une passion. D’autres dédaignent, repoussent, nient, mais il est là, surtout en ce début d’été 2016. Mon fils aime le foot. A sa façon. Il ne le pratique pas dans un club. Quelquefois, mais finalement assez rarement, il joue dans un jardin ou Continuer la lecture de A ceux qui aiment le foot et aux autres

Ti-Zibié, ton stylo te fera mourir couillon !

Solibo Magnifique, Patrick Chamoiseau, Gallimard, 1988

P. Gauguin, Palmiers de Martinique, 1887
P. Gauguin, Palmiers de Martinique, 1887

Quand j’ai lu pour la première fois Patrick Chamoiseau (Texaco, Gallimard, 1992), j’ai eu l’impression simultanée de découvrir et de comprendre une nouvelle langue. Pas seulement une nouvelle langue d’écriture, non, une nouvelle langue pour communiquer. Une langue étrangère, comme on dit pour faire la distinction avec sa langue maternelle. Je la comprenais par la lecture. Continuer la lecture de Ti-Zibié, ton stylo te fera mourir couillon !

Plus qu’à 37 points de l’appareil à raclette !

Zaï zaï zaï zaï, Fabcaro, 6 pieds sous terre Éditions, 2016

080_006Tout commence à la caisse du supermarché. Un client a oublié l’indispensable carte du magasin. Il sera pour cela poursuivi par toutes-les-polices-du-pays. Auteur et héros d’un road movie déglingué, Fabcaro livre avec Zaï zaï zaï zaï, une critique puissante et hilarante de notre société. Traversant plusieurs univers (le commerce, la police et la gendarmerie, la politique, les médias, l’école, sans oublier… le petit monde Continuer la lecture de Plus qu’à 37 points de l’appareil à raclette !

Miraculeuse conversation !

La conférence de Cintegabelle, Lydie Salvayre, Seuil / Verticales, 1999

G. Braque, L'oiseau noir et l'oiseau blanc, 1960
G. Braque, L’oiseau noir et l’oiseau blanc, 1960

L’an dernier, j’ai passé plusieurs semaines avec Lydie Salvayre, avec l’auteur, j’ai lu presque tous ses livres, les uns après les autres, tellement je fus séduite par le premier de la liste. Il se trouvait déjà dans notre bibliothèque. Marc inscrit toujours dans ses livres ses prénom, nom, le mois et l’année de lecture. Il a une autre manie, celle d’y relever les mots rares, ceux qu’ils rencontrent pour la première fois. C’est ainsi Continuer la lecture de Miraculeuse conversation !