Shakespeare (2/9)

Chaque semaine, Lucile Germanangue croque un bout du livre. À savourer nus pieds, sous une palme et avec une paille. La plupart des images sont extraites de Instabilité harmonieuse. Un livre qui contient « la vie, l’amour, le chaos, l’infini, des doutes et des détails qui n’en sont pas. » Un livre qu’elle a écrit, dessiné, mis en page, imprimé, relié et mis en dépôt ça et là à Bruxelles (galerie Sterput, librairie Par chemins) et à Paris (librairie du Centre Wallonie-Bruxelles). On peut aussi se le procurer en s’adressant directement à elle.

Avenir radieux (1/9)

Chaque semaine, Lucile Germanangue croque un bout du livre. À savourer nus pieds, sous une palme et avec une paille. La plupart des images sont extraites de Instabilité harmonieuse. Un livre qui contient « la vie, l’amour, le chaos, l’infini, des doutes et des détails qui n’en sont pas. » Un livre qu’elle a écrit, dessiné, mis en page, imprimé, relié et mis en dépôt ça et là à Bruxelles (galerie Sterput, librairie Par chemins) et à Paris (librairie Wallonie-Bruxelles). On peut aussi se le procurer en s’adressant directement à elle.

Donner tout son être au mouvement et à la matière du monde

Georges Peignard, Varlamov (2019), La Fin du cuivre (2020) et Fugitives (2022), trois ouvrages parus au Tripode

Georges Peignard a créé trois récits visuels publiés par Le Tripode. Aucun texte dans Varlamov, inspiré d’une nouvelle de Tchekhov, La Steppe. Une simple postface dans La Fin du cuivre, dont La planète des singes, est une des origines. Et au début de Fugitive, inspiré du feuilleton américain éponyme, une vingtaine de cases avec texte seul et une postface. Dans chaque ouvrage, les mots sont soigneusement cantonnés et les images sont centrales, premières. Des motifs reviennent. Paysages désertés, chiens, grillages troués, ponts, rails, avions, du métal, du bois, des briques, des lits vides, des flammes, des êtres, humains ou animaux, qui fendent de grands espaces. C’est brun, orangé, gris, vert, des couleurs denses comme impossibles à percer. Les images construisent des récits énigmatiques, jamais immédiatement livrés. Des images que j’imagine brutalement surgies de l’esprit du peintre. Je m’installe dans ces paysages désertés, avec ces chiens, ces grillages troués, ces ponts, ces rails… Parce que de cet autre monde qui m’aimante, j’ai envie de rapporter des mots pour l’île. C’est la même tension que lorsqu’on écrit un rêve. Des images sont encore là, on sent leur puissance, on sent l’impuissance des mots, mais on écrit.

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Au pays des ânes et des ânesses

Natalia Ginzburg, Les mots de la tribu (traduit de l’italien par Michèle Causse, Grasset, 1966) et Les petites vertus (traduit par Adriana R. Salem, Ypsilon, 2021)

Dans Les mots, Sartre raconte sa famille comme un creuset dans lequel les mots sont venus au petit Jean-Paul, lecteur, écrivain. Dans Les mots de la tribu, Natalia Ginzburg raconte sa famille par les mots qui y avaient cours, phrases répétées par le père, la mère et les autres. Ce petit corpus de toutes les familles, plus ou moins riche, plus ou moins célébré, plus ou moins sacré. Expressions, phrases, comme des bornes hérissées sur le territoire de l’enfance. Souvenirs totémiques plus vibrants (on réentend la voix de celle ou celui qui les disait) que des objets transmis par héritage.

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L’empire des seins

Autres autres seins, Jean Guerreschi, La Bibliothèque, 2022

Jean Guerreschi a écrit Seins (2006), Autres seins (2007) et dans un incontestable esprit de suite, Autres autres seins (2022). Dans la préface de ce dernier titre, l’auteur fait ses comptes et parvient à la somme rondelette de 107 seins tracés par lui dans la trilogie. Le collectionneur a un prédécesseur, l’espagnol Ramón Gomez de la Serna, qui en 1917 publia Seins. Près de 160 textes courts (on arrondit, les comptes sont complexes) fantasques et sautillants sur le motif charnu. L’obsession masculine pour la partie féminine est courante (et sa représentation artistique foisonnante) mais dans le cas Guerreschi, de quoi accouche-t-elle ? 

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L’étonnant tout de Toyen

Toyen, L’écart absolu, sous la direction d’Annie Lebrun, Anna Pravdová et Annabelle Görgen-Lammers, Paris Musées, 2022

Tous les éléments, huile sur toile, 1950

Certains artistes nous font pleinement et sauvagement saisir le sens du mot « Œuvre », celle qui relie leurs créations, au-delà de la diversité (apparente) des techniques et des inspirations. L’exposition que consacre le Musée d’art moderne de la Ville de Paris à Toyen, m’a donné ce choc-là, sentir l’étonnant tout de cette artiste tchèque peu connue, née à Prague en 1902, morte à Paris en 1980. Peinture, dessin, collage, graphisme, les techniques se sont déployées selon les temps et les rencontres. Mais ce qui les traverse toutes c’est la fermeté du geste, l’acte posé, le mystère aussi qui aimante et oblige notre œil à fouiller la surface d’une toile ou d’un papier.

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Grazie, Graciano

Johanne, Marc Graciano, Le Tripode, 2022

Marc Graciano a écrit une Jeanne d’Arc. Elle s’appelle Johanne et le Tripode la publie. Une Johanne en treize chapitres, de Domrémy à Chinon, de l’enfance à la rencontre avec le Dauphin. Le temps heureux, pourrait-on dire, avant les batailles, avant le bûcher. Le temps de l’élan, des voix et de la marche avec les fidèles compagnons, encadrant et soutenant la pucelle. 

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Comme si les mains regardaient

Leaving & waving, Deanna Dikeman, Chose commune, 2021

C’est un livre de mains et de regards. Deanna Dikeman avait pris l’habitude de photographier ses parents, de sa voiture, quand elle les quittait. Les deux silhouettes se tenaient devant leur pavillon de Sioux City (Iowa), chacune une main levée, doigts écartés, sourires, regards doux fixés sur celle qui partait et Deanna appuyait sur le déclencheur. Leaving & waving contient 64 photos prises entre juin 1992 et octobre 2017. Noir et blanc, puis couleur. Vingt-cinq ans d’adieux pour finir par l’ultime. Un livre qui fait briller les yeux. 

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L’impôt du sang noir

The head & the load, William Kentridge, Éditions Xavier Barral, 2020

Une cascade de folies, sombres et lumineuses, emboîtées. L’originelle est un fait d’histoire. Pendant la Première Guerre mondiale, des milliers de porteurs africains sont morts au service des puissances coloniales. De cette histoire bien enfouie, le plasticien sud-africain William Kentridge a fait un spectacle dansé, chanté, déclamé, théâtre de guerre avec dessins et projections. La première représentation a eu lieu à la Tate modern de Londres en 2018. Et de ce spectacle, l’éditeur Xavier Barral a fait un livre, usant de tous les ressorts de l’encre et du papier. Traces, fragments, chants, cris poussés dans plusieurs langues, réelles ou inventées. On entend, on voit le chaos de l’histoire. 

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par Isabelle Louviot