Archives par mot-clé : humour

Total Mexico

Jeu nouveau, Raphaël Meltz, Le Tripode, 2018

Raphaël Meltz m’intrigue, je l’ai déjà dit. Je mets de côté le personnage public qui a co-créé et fait vivre un temps la revue de papier Le Tigre et avant, celle virtuelle de R de réel, celui qui a été en 2011 candidat à la direction du Monde ou celui qui a occupé récemment les fonctions d’attaché culturel à l’ambassade de France du Mexique. Non, ce qui m’intrigue, depuis Urbs, c’est son rapport avec l’écriture, cette façon de s’y montrer dedans et dehors, de désosser tout en donnant chair, de nous plonger dans une narration tout en paraissant rester observateur de lui-même (mais quel lui-même ? quel je ?). Je me suis donc embarquée avec une grande curiosité dans ce Jeu nouveau, 382 pages dont 130 de questions, doutes, sources, analyses, commentaires qui font cortège au roman.

Continuer la lecture de Total Mexico

Ô faits divers !

Le coup du lapin et autres histoires extravagantes, Didier Paquignon  Le Tripode, 2018

Quel est le point commun entre un coup du lapin et un fait divers ? On est pris par surprise. On peut mourir de l’un, surtout le lapin, et de l’autre, plutôt de rire, à sa lecture. Peintre, Didier Paquignon, est aussi collectionneur de faits divers. Dans Le coup du lapin, il illustre d’un magnifique monotoype près d’une centaine de faits divers glanés dans la presse française et étrangère. Histoires vraies, brèves, noires, drôles, bouleversantes. Un employé de la manufacture de tabacs de Palerme, muet de naissance, a été condamné à une amende de 400 000 lires pour avoir harcelé sa fiancé au téléphone à plusieurs reprises entre 1995 et 1996 (Corriere della Sera, 3 juin 1999).

Continuer la lecture de Ô faits divers !

Dans le ciel rouge de Paris

L’envol ou le rêve de voler, présenté par Antoine de Galbert, la Maison rouge, Flammarion, 2018

Yves Klein, Le saut dans le vide, tirage argentique, 1960

Le lieu fermera, une fois l’exposition en cours achevée, le 28 octobre 2018. L’envol ou le rêve de voler, tel est le nom prophétique, testamentaire, de la dernière exposition de la Maison rouge. Lorsque j’y suis allée, elle irradiait, la lumière d’une fin d’après-midi d’août rougissait le ciel, comme si le lieu diffusait ce qu’il contenait… L’envol ou le rêve de voler est un parcours enchanteur, léger comme l’air, tout en interrogations gazeuses sur le vieux rêve humain, en essais poétiques et infructueux, sauf à dire que le vol peut ne durer qu’une fraction de seconde, un simple saut pour s’arracher à l’attraction terrestre. Alors, sous le ciel de la Maison rouge il y a…

Continuer la lecture de Dans le ciel rouge de Paris

L’imaginaire au pouvoir

Les pas perdus, Étienne Verhasselt, Le Tripode, 2018

Il y en a 41. 41 nouvelles courtes, très courtes, un peu plus longues, comme l’annonce le sous-titre de la page de titre. Je lis, je déguste chaque texte comme un petit mets délicieusement absurde. Je sais vite que j’ai envie de leur faire une place sur l’île. Je cherche laquelle. Qu’est-ce qui relie tous ces textes drôles, graves, inventifs, portés par un imaginaire aussi fertile ? Je tente plusieurs fils conducteurs, mais rien ne marche, tout traîne, se suspend vite. Trois débuts de chronique se retrouvent dans mon petit cimetière des textes impossibles à finir. Je continue quand même à dire autour de moi que j’ai lu un recueil de nouvelles super (le goût de la précision me lâche parfois). Et puis, récemment, un ami me dit Mais pourquoi tu ne parles pas d’une seule de ces nouvelles ? Si simple, si lumineux conseil, merci.

Continuer la lecture de L’imaginaire au pouvoir

L comme lettre

Chère, cher,

Alphabet fantaisie, XVIe siècle

J’aime les lettres, en écrire, en recevoir, en lire. J’aime le brut, le chaud, l’instantané de la lettre, une suspension, dire un moment à un autre, le figer par des mots que l’on ne reverra plus (une écriture de la perte) sauf si, comme aujourd’hui, on les saisit sur un clavier. J’aime cet échange incertain, interrompu par les rencontres et les mots dits de vive voix. Les lettres, pointillés d’une relation. En suivre quelques-uns, bribes de spontanéité, dans une chronique un peu décousue, nommée L comme LETTRE. Continuer la lecture de L comme lettre

Volodine, inventeur en tous genres

Écrivains, Antoine Volodine, Le Seuil, 2010

Antoine Volodine est un fabricant en gros. Il ne lésine pas, il aime les accumulations, les énumérations, les saturations. A. Volodine, qui ne s’appelle d’ailleurs peut-être pas comme ça, écrit aussi sous plusieurs pseudonymes connus (Lutz Bassmann, Manuela Draeger, Eli Kronauer) et peut-être inconnus, invente à tour de bras. Écrivains est un texte fait de sept, unis par la présence dans chacun d’un écrivain. C’est noir, drôle et plein d’inventions. Ce livre, âgé d’à peine sept ans, est épuisé dans sa version papier. Regrets. Restent l’epub et l’occasion. Continuer la lecture de Volodine, inventeur en tous genres

La chronique que j’hésitais à écrire

Le livre que je ne voulais pas écrire, Erwan Larher, Quidam éditeur, 2017

« Mur de la liberté », P. Valent, mise en forme de témoignages, mots et objets, collés sur un mur-barrière, un des dix projets de mémorial en hommage aux victimes du Bataclan (choix en cours, 2017)

Ce livre me pose la question que l’auteur s’est posée, même si les contextes n’ont rien à voir. Erwan Larher, romancier, a été blessé le 13 novembre 2015 au Bataclan et écrit là-dessus après avoir un temps refusé de le faire. Je nourris ce blog de livres aimés, je me demande si j’ai aimé ce livre et si j’ai envie d’en parler ici. Dans le doute, je l’emporte sur l’île. Comme un objet qu’on emporte dans son atelier pour voir ce qu’il a dans le ventre. Là, rien à réparer, juste à fouiner un peu, par goût de l’exploration (littéraire). Continuer la lecture de La chronique que j’hésitais à écrire

Ivres de livres

Le corps des libraires, Vincent Puente, La Bibliothèque, 2015

Roland Topor, « Le voyageur immobile », lithographie, 1968, BNF

Quels libraires se reconnaîtront dans Le corps des libraires – Histoires de quelques libraires remarquables et autres choses ? Tous ceux restés attentifs à la folie, même enfouie, qui les a fait choisir cet étonnant métier. Vincent Puente nous fait traverser de drôles de librairies de France ou d’ailleurs, encore ouvertes ou bizarrement disparues. Nous rencontrons des libraires sortis de romans de Franz Kafka, Robert Walser ou Boris Vian et nous rions beaucoup, ce qui n’est pas forcément garanti avec les deux premiers auteurs cités. Continuer la lecture de Ivres de livres

Qui va à Sein en revient

La grande panne, Hadrien Klent, Le Tripode, 2016

Et si un nuage de graphite, minerais hautement inflammable au contact d’une ligne électrique, nous arrivait d’Italie, comment réagirait le pouvoir politique français ? Il opterait pour la grande panne, tout couper plutôt que subir de petites pannes isolées décidées par le vent. Tel est le point de départ du roman signé Hadrien Klent. Souvenirs croisés de deux nuages, réels, celui de Tchernobyl célébré en 1986 pour son respect des frontières françaises et celui échappé du volcan islandais Eyjafjöll en 2010 qui vida un temps l’espace aérien européen. En 24 ans, la réponse politique a évolué, passant du mensonge d’État au principe de précaution. Ne rien dire ou trop en faire, deux bornes entre lesquelles navigue le pouvoir. Continuer la lecture de Qui va à Sein en revient

Et si j’écrivais un roman américain ?

La disparition de Jim Sullivan, Tanguy Viel, Minuit, 2013

Portrait du chanteur Jim Sullivan (1940 – 1975) dormant avec son chien

Publié depuis 1998 aux Éditions de Minuit (maison dont la production littéraire est particulièrement homogène et d’une certaine façon, française, je sais que c’est un peu raccourci, mais j’y reviendrai au besoin dans un commentaire), Tanguy Viel annonce d’emblée qu’il a envie d’écrire un roman américain. Le professeur de littérature comparée à l’université de Paris-Sorbonne qui sommeille en vous, se demande peut-être ce que cela peut bien vouloir dire écrire un roman américain quand on est français. Enquête. Continuer la lecture de Et si j’écrivais un roman américain ?