Archives de catégorie : De A à Z

N comme nom

Passeport de fiction

Alphabet fantaisie, XVIe siècle

Onomastique. Un drôle de mot dans lequel j’entends la contraction sonore d’onanisme et de plastique. Mastiquer des noms propres, en faire l’étude, leur forme, leur choix. Dans un roman, les noms propres sont comme de petites giclées de vie, d’évocations, d’émotions. Passeport vers la fiction, le nom propre ouvre un voyage au lecteur. Du côté de Guermantes au rivage des Syrtes, on galope avec Emma Bovary, on part en quête de Moby Dick. Et pour celui qui prend pseudonyme, le nom est passeport vers l’écriture. Les exemples abondent, du besoin de distinguer deux identités (Marguerite de Crayencour devenue Yourcenar par la grâce de l’anagramme) à celui de cacher, jouer avec elles (Gary/Ajar, faces d’une même pièce, la ribambelle d’hétéronymes d’Antoine Volodine). De quoi le nom est-il le nom ? Virée en terre onomastique avec N comme NOM.

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M comme mélancolie

Le mot et la chose

Alphabet fantaisie, XVIe siècle

Presqu’un nom de fleur. L’attaque en douceur du m, l’allitération en l avec, intercalée, la petite dureté du c. Mot-mélodie dont j’ai toujours senti l’accord entre son et sens. Léo Ferré me l’a beaucoup chantée. Retour aux sources : addition grecque de mélas (noir) et khôle (bile), bile noire, l’une des quatre humeurs, celle qui cause la tristesse, détectée par Hippocrate à l’aube de la médecine. Marée ancienne, la mélancolie s’est largement déployée dans les champs de la psychologie et de la littérature. Des écrivains en sont affligés, ils se consolent avec l’inspiration qu’elle délivre. Onde parfois fertile. Petit bain dans une eau ténébreuse avec M comme MÉLANCOLIE.

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L comme lettre

Chère, cher,

Alphabet fantaisie, XVIe siècle

J’aime les lettres, en écrire, en recevoir, en lire. J’aime le brut, le chaud, l’instantané de la lettre, une suspension, dire un moment à un autre, le figer par des mots que l’on ne reverra plus (une écriture de la perte) sauf si, comme aujourd’hui, on les saisit sur un clavier. J’aime cet échange incertain, interrompu par les rencontres et les mots dits de vive voix. Les lettres, pointillés d’une relation. En suivre quelques-uns, bribes de spontanéité, dans une chronique un peu décousue, nommée L comme LETTRE. Continuer la lecture de L comme lettre

K comme kaïros

Maintenant ou jamais

Alphabet fantaisie, XVIe siècle

K, ça se complique. Le choix se resserre. Éviter les mots exotiques, rigolos mais qui n’évoquent que des facilités pour profiter des 10 points du K, à placer si possible sur la case bleu foncé (lettre compte triple, pour les hostiles au scrabble). Kafkaien ou kafaen risque de m’engluer dans la littérature sur la littérature. Reste un mot, venu du grec sans trop d’apprêt, dit intraduisible, brut, ouvert, vivant, kaïros. C’est maintenant ou jamais, ascension du K comme KAÏROS. Continuer la lecture de K comme kaïros

J comme jardin

Tous sens dehors

Alphabet fantaisie, XVIe siècle

Je ou jardin ? J’ai hésité. Puiser dans le tombereau de choses écrites sur l’autobiographie, l’autofiction, la personne, première, qui s’élance, seule visible, dans l’écriture ou l’espace clos, cultivé, d’agrément ou nourricier, secret ou public, parfois zoologique. J’ai opté pour celui-ci. À cause des images de lectures anciennes qui me sont revenues, La faute de l’abbé Mouret, Bouvard et Pécuchet, Colette, de films aimés (Meurtre dans un jardin anglais, Blow-Up, Shining, Rohmer), d’un puzzle aussi (ces femmes en grandes robes blanches posées dans un immense jardin de 500 pièces signé Claude Monet) qui me donna tant de mal, enfant. Pénétrons donc cet endroit-là coloré, parfumé, sonorisé par l’oiseau, l’insecte ou le vent, dont on peut, aux beaux jours, goûter la framboise velue, ce J comme JARDIN. Continuer la lecture de J comme jardin

I comme île

Imaginaire par nature

Alphabet fantaisie, XVIe siècle

Été, ma petite académie en est à la lettre I, le blog s’appelle comme on sait, tout converge vers cette terre isolée, intrigante, fantasmée, refuge ou prison, bagne ou paradis, confetti ou assez vaste pour faire oublier la mer autour, tropicale ou glacée, avec ou sans îliens, caillou ou plantée d’arbres immenses dont on se demande s’ils ne prennent pas racine en mer. En un mot, court, à la fois féminin et masculin, léger, mille fois chanté, sensuel, le I étirant les lèvres à l’horizontale puis l’L roulé par la langue soudain stoppée dans son élan. Est-il beaucoup de mots de seulement trois lettres qui en entraînent autant dans leur sillage ? D’accord, il y a aussi vie, eau, feu, oui, non, été, mer et quelques autres (cruciverbistes, n’hésitez pas à compléter), mais île a une belle place au soleil des associations.  Le prononcer, c’est déjà partir. Explorations tous azimuts avec I comme ÎLE. Continuer la lecture de I comme île

H comme haïku

Les pouvoirs du peu

Alphabet fantaisie, XVIe siècle

Dans La préparation du roman, Roland Barthes consacre plusieurs séances au haïku. C’est avec cette lecture que je me suis vraiment plongée dans la forme poétique nippone. Je ne dirais pas qu’elle me soit devenue familière, mais elle est entrée dans mon paysage littéraire. Cette façon dont le très court se déploie m’intrigue. Tension entre l’économie extrême de mots et l’infini des sens. Comme un pied de nez à l’écriture-même. Humons-voir avec ce H comme HAÏKU. Continuer la lecture de H comme haïku

F comme forêt

Un dedans du dehors

Alphabet fantaisie, XVIe siècle

Existe-t-il un endroit de la littérature aussi prisé des différents genres (conte, récit d’aventure, fantastique, polar…), aussi chargé de tout et son contraire (bien et mal, peur et enchantement, quête et impasse, initiation et mort…), autant traversé par l’épopée (forêt de L’Éneide, Brocéliande des chevaliers de la Table ronde, forêt obscure puis antique de La Divine Comédie ou interdite du cycle Harry Potter…) ? Nouveau défi de ce A à Z, partir du F pour déployer et pénétrer la forêt. Alors, chasse non gardée, braconnage autorisé dans F comme FORÊT. Continuer la lecture de F comme forêt

E comme expérimental

No limit

Alphabet fantaisie, XVIe siècle

Déjà assez libre avec cette consigne d’écriture que je me donne (associer à une lettre un mot, puis fabriquer à partir de lui, une chronique littéraire dans l’air du temps mais pas que), j’en rajoute avec le choix d’un mot qui invite à la sortie de route, au mélange des genres, à la déconstruction, l’exploration de ce qui n’a pas pignon-sur-rue. La littérature expérimentale, c’est quoi au juste ? La littérature n’est-elle pas, par nature, expérimentale ? Voyons voir avec ce E comme EXPÉRIMENTAL. Continuer la lecture de E comme expérimental